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Mais où sont les romains à Plougonvelin ?

Par Jean-Yves Éveillard

En tant que spécialiste de l’Armorique romaine et habitant de Plougonvelin, je me suis souvent étonné de la rareté des vestiges archéologiques de cette époque découverts sur le sol de la commune.
A ma connaissance deux sites seulement ont été signalés :

  • celui de Bertheaume, où, notamment lors de l’aménagement des pelouses de l’ancienne batterie, de nombreuses tuiles et poteries romaines – et on continue d’en voir quand on s’y promène – ont été trouvées ;
  • celui de Toul Ibil signalé il y a quelques années par Y.Chevillotte, où, au cours de travaux dans la zone artisanale, un fragment d’amphore à vin de la première moitié du 1er siècle de notre ère a été récupéré près d’un habitat gaulois déjà connu.

Sans doute pourrait-on rallonger la liste à partir de quelques noms de lieux qui indiquent invariablement la présence de vestiges archéologique disparus : Le Cosquer (« le vieux village ») à l’est de la commune, ainsi dénommé autrefois à cause de la présence de ruines, Kernévez près de Saint Mathieu, toponyme qui désigne une « nouvelle villa » par référence à une ancienne villa romaine (c’est-à-dire une ferme) située à proximité et en ruines, et quelques autres encore si on fouillait dans les noms de parcelles.

Mais au total c’est bien peu si l’on fait observer que l’occupation du sol semble avoir été plutôt dense à la période gauloise qui précède (voir le grand nombre de stèles de cette période découvertes à Plougonvelin) et 500 ans plus tard, à l’autre extrémité de l’époque romaine, lors de l’arrivée des Bretons d’Outre Manche.

La paroisse de Plougonvelin, qui englobait à l’origine Le Conquet et Lochrist, leur doit son nom en « plou », ainsi que de nombreux autres toponymes tels que Lesminily, Landiguinoc, Trémeur, Saint Aouen etc.. qui attestent une colonisation bretonne intense.

Notre étonnement est d’autant plus grand que le territoire de la commune est parcouru par un certain nombre de chemins qui paraissent avoir été fréquentés dans l’Antiquité. Le plus remarquable est cette grande voie appelée parfois « transléonarde » (n°1), qui venait de la ville romaine située à Kerilien en Plounéventer (ruines sur trente hectares avec un théâtre), par Bourg-Blanc, Milizac, Saint-Renan, en suivant le tracé actuel de la route qui nous relie à cette dernière localité, pour aboutir à la pointe Saint Mathieu.

Mais pourquoi donc conduisait-elle en ce lieu où aucun vestige romain n’a été signalé ?
L’abbaye médiévale a-t-elle fait disparaître les vestiges d’un phare pour la navigation ou (et) d’un temple qui auraient été élevés sur ce cap à l’extrémité du monde habité ?
Est-ce là qu’il faut placer Gesocribate (« le cap ultime » en gaulois) qu’une carte remontant au 3ème siècle de notre ère situe à 45 lieues romaines (100 km) à l’ouest de Carhaix-Vorgium et à l’extrémité d’une grande voie ?
Sur la voie principale Kerilien-Saint-Mathieu se greffait tout un réseau de chemins secondaires, comme celui qui à partir de la zone artisanale se dirige vers Berbouguis (sur la route de Ploumoguer) pour aboutir au fond de l’étang de Kerjean en Le Conquet (n°4).

Tronçon de la voie 1, sensiblement entre Ty Ruz et Kroaz ar Biz
(Voir les 2 flèches sur la carte)

Et d’autres encore plus difficilement identifiables ; mais il y a fort à parier que la crique du Cosquer et la plage du Trez-Hir, où de petits navires chargés de marchandises importées (céramiques, amphores à vin, à huile…) pouvaient être tirés au sec, étaient également desservis.

Il reste donc de passionnantes découvertes à faire à Plougonvelin qui permettraient peut-être de combler ce vide qui n’a pas de raison d’être.

J-Y. ÉVEILLARD pour PHASE.

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